Un moine originaire de Vannes en Basse Bretagne, vint demander l’hospitalité aux bénédictins installés sur cette colline. Million, Aemilianus ou Émilien était un «confesseur errant» qui parcourait les routes au VIe siècle pour convertir les païens et soulager la misère, auréolé d’une vertu et d’une charité évangélique. Il sut regrouper autour de lui, un grand nombre de compagnons vivant selon la règle de Saint-Benoît. La multiplicité des grottes naturelles offrit un abri et l’une d’entre elles leur servit d’église, créant le premier village de Saint-Emilion. Cette première église monolithe agrandie pour abriter les religieux et les laïcs, fut terminée au XIe siècle et longtemps dénommée «Moustier Vieux». Il est vraisemblable que cette église souterraine était destinée à conserver dignement le corps d’un saint.

 


Le début du XIIe siècle fut propice à une nouvelle ère religieuse permettant la construction d’édifices dans les paroisses voisines. A ce mouvement général, les chanoines de Saint-Emilion bâtirent un nouveau couvent et une chapelle sur le plateau au-dessus de l’église monolithe. On l’appela le «Moustier Neuf».

De nombreux historiens et spécialistes ont étudié la construction de cet édifice où l’on retrouve des traces de la construction du deuxième quart du XIIe siècle à l’extrémité orientale de la nef. Il est difficile d’imaginer comment se présentait cet édifice en raison des diverses modifications entreprises au cours des siècles suivants.


Le cloître de Saint EmilionDurant le XIIIe siècle l’édifice fut considérablement remanié : suppression des murs orientaux du transept, puis agrandissement de trois travées, formait une « grande salle » divisée par deux piles médianes. L’axe de la nef était fermé par un choeur à chevet plat.

Au début du XIVe siècle, Bertrand de Goth, archevêque de Bordeaux, devenu pape en 1305 sous le nom de Clément V, sécularisait les chanoines par une bulle donnée à Avignon le 13 décembre 1309. La communauté fut érigée en chapitre comprenant douze chanoines. Le premier doyen , Gaillard de Lamothe-Preyssac, neveu du pape participa à la procession des cardinaux en 1316 sous le nom de cardinal de Sainte-Luce.

D’éminents personnages lui succédèrent tels que Jean Ier d’Epernay, mort en 1509, Jean III de Dieu-Aide ou Dieuzaide (1520-1526) qui se qualifiait de Sieur et seigneur de la maison noble et château d’Aiguille; Jacques, puis Arnaud de Pontac (1536-1580), seigneurs de Haut-Brion et de Bisqueytan, le second nommé évêque de Bazas en 1590 ; François, puis Henri d’Escoubleau de Sourdis (1610, 1630), tous deux archevêques de Bordeaux; Louis de Bassompierre, évêque de Saintes en 1629 ; Desèze, nommé évêque d’Orense (Espagne) en 1677 ; Jean-Baptiste de Reims (1657), André de Marillac, docteur en Sorbonne vers 1672 ; Jean de Campgrand, du diocèse de Lescards, docteur en Sorbonne, chanoine de Saintes, nommé par le Roi le 25 octobre 1681 ; Charles de Bernada (vers 1686, mort en 1702) ; Charles Dussault ou du Sault vers 1703 ; François-Joseph le Comte, cisterien, abbé de Faise, puis doyen de Saint-André ; Jean-Jacques Dussault ou du Sault, dernier doyen nommé vers 1774 jusqu’en 1789, fut vicaire général de Sarlat et abbé de Terrasson.